Les moissons funèbres – Jesmyn Ward

La quatrième : 

En l’espace de quatre ans, cinq jeunes hommes noirs avec lesquels Jesmyn Ward a grandi sont morts dans des circonstances violentes.
Ces décès n’avaient aucun lien entre eux si ce n’est le spectre puissant de la pauvreté et du racisme qui balise l’entrée dans l’âge adulte des jeunes hommes issus de la communauté africaine-américaine. Dans Les Moissons funèbres, livre devenu instantanément un classique de la littérature américaine, Jesmyn Ward raconte les difficultés rencontrées par la population rurale du Sud des États-Unis à laquelle elle appartient et porte tant d’affection.



Je vous ai souvent parlé au cours de cette année du Chant des Revenants de Jesmyn Ward, vainqueur du Grand Prix des Lectrices Elle 2019 dont j’ai été jurée et du National Book Award, faisant de l’autrice la seule femme à remporter deux fois ce prestigieux titre américain. Ce roman m’a tellement marquée d’une façon presque physique que je me devais d’en découvrir plus, je ne me voyais pas finir l’année sans lire un autre de ses titres.

Celui-ci s’annonçait très différent puisqu’il s’agit de mémoires, et pourtant … page après page, j’ai eu comme l’impression de découvrir les coulisses du Chant des revenants. C’est en lisant Les moissons funèbres qu’on comprend d’où vient l’incroyable force de ce dernier roman. Lire l’enfance et la jeunesse de Jesmyn Ward et ses si douloureuses expériences, c’est comme voir les racines de son oeuvre mises à nues. Et ça ne l’en rend que plus bouleversante.

Tous les chiffres, toutes les données officielles le confirment. Ici, au confluent de l’histoire, du racisme et de la pauvreté, voici ce que valent nos vies : rien.

Avec cette plume incroyable qui est la sienne, Jesmyn nous balade entre passé et présent pour mieux nous faire comprendre ce que fut sa vie ainsi que celle de la communauté afro-américaine au Mississippi. Sans aucune concession, elle déroule les vies et les faits, et elle tente d’expliquer pourquoi en l’espace de quatre ans, cinq de ses proches (dont son petit frère) sont morts. Pourquoi elle a dû vivre dans l’angoisse d’entendre le téléphone sonner et dans le désespoir le plus total face à sa propre impuissance. En rédigeant ce livre, elle veut à la fois donner la parole à ceux qu’on ne cherche ni à écouter ni à comprendre, mais aussi démontrer les conséquences indirectes et le cercle vicieux provoqués par le racisme et la pauvreté. Les histoires tristement célèbres de jeunes hommes noirs abattus par des policiers blancs sans la moindre raison, on les connait, mais ce que Jesmyn pointe ici du doigt est beaucoup plus pervers et bien moins exposé. Une vie de luttes et de souffrances intériorisées. De silences meurtriers.

Je ne peux pas exprimer à quel point Les moissons funèbres m’a touchée … Il y a l’émerveillement face à l’incroyable talent de Jesmyn Ward et l’abattement face à la réalité crue qu’elle nous donne à voir. Elle explore sa souffrance et celle de ses proches avec un mélange de pudeur et de justesse qui m’ont retournée … Si vous avez vous aussi été remués jusqu’au fond des tripes par Le chant des revenants, il vous faut lire ce récit autobiographique. Vraiment.

Note finale : 9/10

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