Le mur invisible – Marlen Haushoffer

La quatrième : 

Après une catastrophe planétaire, l’héroïne se retrouve seule dans un chalet en pleine forêt autrichienne, séparée du reste du monde par un mur invisible au-delà duquel toute vie semble s’être pétrifiée durant la nuit. Tel un moderne Robinson, elle organise sa survie en compagnie de quelques animaux familiers, prend en main son destin dans un combat quotidien contre la forêt, les intempéries et la maladie. Et ce qui aurait pu être un simple exercice de style sur un thème à la mode prend dès lors la dimension d’une aventure bouleversante où le labeur, la solitude et la peur constituent les conditions de l’expérience humaine.



Si ce roman n’a pas été pour moi LE coup de coeur comme ça a été le cas pour un grand nombre de lecteurs, il faut bien avouer qu’il mérite largement l’énorme engouement qu’il a suscité ces derniers mois chez les Bookstagrammeurs de tout poil. C’est une lecture qui m’a fait du bien, qui est arrivée à point nommé dans une semaine houleuse et qui est à la fois venue m’ancrer dans le sol et dans mes pensées tout en me permettant de m’évader et de souffler un peu.

C’est depuis que j’ai ralenti mes mouvements que la forêt pour moi est devenue vivante. Je ne veux pas dire que ce soit la seule façon de vivre, mais c’est certainement celle qui me convient le mieux. Et que n’a-t-il pas fallu qu’il se passe avant que je ne parvienne à la trouver. Auparavant j’allais toujours quelque part, j’étais toujours pressée et exaspérée car partout où j’arrivais je devais attendre mon tour. (…) Il m’arrivait de prendre conscience de mon état et aussi de l’état du monde, mais je n’étais pas capable de me démarquer de cette vie stupide.

Si le point de départ de cette histoire sonne très post-apocalyptique, il faut plutôt être versé dans le nature writing pour profondément apprécier ce récit. Vous serez déçus si vous vous attendez à des rebondissements spectaculaires dignes des grandes oeuvres de SF. Pour autant, je trouve que ce récit ne manque pas de rythme et de suspens. Marlen Haushofer manie en effet à la perfection la temporalité de son récit. Puisque la narratrice écrit sa propre histoire environ deux ans après l’apparition du mur, elle ne peut s’empêcher parfois de laisser échapper quelques informations sur ce qui arrivera plus tard, des événements parfois graves qui nous hantent jusqu’à ce qu’ils arrivent enfin. Je trouve ça terriblement brillant, parce que c’est fait tout en subtilité, juste assez pour nous accrocher jusqu’à la dernière ligne.

Entre autres choses le mur aura tué l’ennui. Les prés, les arbres, les cours d’eau, de l’autre côté du mur, ne peuvent pas s’ennuyer. Subitement le tambour frénétique s’est tu. On n’entend plus là-bas que la pluie, le vent et le craquement des maisons vides ; les hurlements de la voix haïssable se sont tus. Sauf qu’il ne reste plus personne pour jouir du grand silence.

J’ai aussi été stupéfaite de voir à quel point je me sentais proche de la narratrice. En lisant Le mur invisible, je me suis rendue compte que je peux m’attacher fortement aux personnages et m’y retrouver dans certains aspects de leur personnalité, mais rarement ressentir une telle connexion, comme si cette femme existait vraiment ou comme si je pouvais être à sa place. Ses doutes et ses peurs, ses réflexions sur l’ancien monde m’ont touchée au plus profond de moi-même. Il est vrai que parfois, j’avais du mal à comprendre ses réactions, cette sorte de placidité face au mur et à l’apparente destruction de tout ce qu’elle a connu. Mais une partie de moi la comprenait, presque inconsciemment. J’ai aimé ses hésitations et ses lacunes, ses moments d’épuisement moral et physique. Une vraie femme, seule face à la nature.

Les choses arrivent tout simplement et, comme des millions d’hommes avant moi, je cherche à leur trouver un sens parce que mon orgueil ne veut pas admettre que le sens d’un événement est tout entier dans cet événement. (…) Les humains sont les seuls à être condamnés à courir après un sens qui ne peut exister.

Comme je l’ai dit plus haut, toute la beauté du roman repose essentiellement sur la nature, et en particulier, sur les autres protagonistes de l’histoire : les animaux. Lynx, le chien fidèle toujours si enthousiaste, la vieille chatte indépendante, Bella la vache placide … Ils apportent une grande chaleur au récit et de l’espoir et de l’amour à la narratrice. Le lien qui se crée entre elle et ces animaux est profond et c’est sans doute tout ce qui la maintient en vie et saine d’esprit. Ce qui fait que notre attachement à ces petits héros grandit page après page, et qu’on craint à chaque instant pour leurs petites vies si précieuses …

Dans ce roman, Marlen Haushofer balaye d’un revers de main l’humanité et sa vanité moderne pour se replonger sans un regard en arrière dans le lien qui nous unit à la nature et la simplicité de l’existence. Ce n’est pas sans heurts ni dénué d’angoisses, mais c’est pourtant doux et ressourçant. Quand on a lu ce roman, une petite part de nous reste sans doute pour toujours dans cette forêt.

Note finale : 8/10

1 réflexion sur « Le mur invisible – Marlen Haushoffer »

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