L’enfant du Danube – Janos Székely

La quatrième : 

Hongrie, début du XXe siècle. Abandonné à la naissance, Béla est élevé par une vieille prostituée antipathique. A quatorze ans, dans l’espoir de retrouver sa mère et las de cette vie tourmentée par la pauvreté, il quitte son village pour Budapest, ville de toutes les promesses. Employé comme garçon d’hôtel, il ne tarde pas à être exposé aux lumières et aux ignominies de la capitale. A travers Béla, János Székely raconte son adolescence douloureuse dans cette Hongrie pittoresque de l’entre-deux-guerres, au temps du chômage et du fascisme, au rythme des csardas, dans un déchaînement de sensualité, de misère, de luxe et d’étrange veulerie.



L’Enfant du Danube est un immense cri de révolte, un roman créé avec le sang et les larmes de ces peuples européens écrasés par le fascisme et l’injustice sociale galopante d’entre deux-guerres. Mais l’Enfant du Danube, c’est avant tout la rage de vivre, implacable et sans limites, d’un enfant qui refuse de mourir de pauvreté dans un pays qui n’a que faire des petits miséreux comme lui. L’Enfant du Danube, c’est une merveille littéraire à replacer comme il le mérite au coeur des grands classiques de la littérature du XXe siècle.

Pendant 850 pages, on suit l’enfance et l’adolescence de Béla dans la campagne hongroise puis à Budapest, et croyez-moi, on pourrait le suivre bien plus loin encore, jusqu’au bout du monde. J’ai lu ce pavé en 5 jours, ce qui veut tout dire parce que je n’ai pas un tel rythme de lecture habituellement. Mais dès le moment où j’ai rencontré ce petit garçon, mon coeur a chaviré. Très vite, Béla est devenu pour moi l’un des plus beaux personnages de la littérature. Très jeune, il doit apprendre à affronter l’indifférence et la méchanceté de ceux qui l’entourent, et survivre malgré tout, survivre au froid et à la famine la plus extrême. Dans un monde dépourvu d’amour, où la chaleur humaine n’est qu’une vague illusion, Béla va pourtant survivre, grandir et rêver, grâce à de rares mais déterminantes belles rencontres. C’est tout seul qu’il devra trouver le chemin de l’école où il n’aura de cesse de se distinguer. Le mélange de violence et de détermination de ce jeune garçon est magnifique, quasi incandescente et rend le lecteur profondément humble.

Elle riait, mais quelque chose, dans sa voix et dans ses yeux, m’émut si fort que je ne pus répondre. Je buvais ses paroles comme la terre desséchée boit la pluie. Ce fut un instant solennel dans ma petite vie. Parfois, toute la croissance d’un homme dépend de pareilles averses imprévues.

Au XXe siècle, il y a eu de nombreux génocides particulièrement mémorables. Mais il y a aussi les génocides qui se sont passés dans l’indifférence la plus totale. Des assassinats de masse ayant pour arme le chômage, l’indifférence, la famine. Janos Székely donne une voix à ces personnes. A celles qui travaillaient 14h par jour mais ne gagnaient pourtant pas assez pour se nourrir. A celles qui étaient qualifiées et qui auraient tué père et mère pour travailler mais à qui l’on n’offrait pas le moindre emploi. A celles qui devaient marcher 8h par jour pour aller travailler parce qu’elles n’avaient pas les moyens de prendre le tramway.

La véritable histoire de l’humanité ne peut commencer qu’après la disparition de l’infâme monde actuel. L’homme n’est pas un homme, tant qu’il doit lutter pour des fins aussi honteuses que le pain quotidien, le loyer, les vêtements. Son histoire ne commencera que lorsqu’il sera libre de se consacrer aux « tâches supérieures ».

C’est aussi un témoignage poignant sur la situation explosive de cet entre-deux-guerres. Entre l’antisémitisme sans borne, le fascisme florissant, l’immense misère sociale, la haine mutuelle entre très riches et très pauvres, la propagation des idées communistes … on est en première ligne pour comprendre tout ce qui va arriver en Europe à partir des années 30. Avec Béla, qui de par son emploi à l’hôtel vit en équilibre entre deux mondes radicalement opposés, on partage le quotidien d’un prolétariat épuisé jusqu’à la corde. Le taux de suicide est tel à l’époque que le « beau Danube bleu » était continuellement constellé de cadavres. Il y a un tel sentiment de rage impuissante, de haine et de tristesse qui se dégagent de ces pages, ça prend aux tripes et ça donne envie de chanter l’Internationale.

Je n’arrive toujours pas à croire qu’un livre qui parle de la misère la plus absolue, de la dépression la plus profonde puisse laisser un sentiment d’espoir aussi puissant. C’est mené d’une main de maître, ça retourne totalement le cerveau et le coeur et laisse une marque profonde et indélébile. Si vous vous intéressez à l’histoire du début du XXe siècle, vous devez lire ce livre. Et si vous ne vous y intéressez pas … vous devez absolument lire ce livre. Merci infiniment à Exploratology pour la découverte parce que sans Marjorie, je serais sans aucun doute passée à côté d’un monument.

Note finale : 10/10

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