Annabel – Kathleen Winter

La quatrième : 

1968, un bourg côtier du Labrador au Canada. Un enfant naît, ni garçon ni fille. Intersexué. Ils sont trois à partager ce secret : les parents et une voisine de confiance. On décide de faire opérer l’enfant ; ce sera Wayne – le choix du père. Mais dans l’eau trouble de l’adolescence, son moi caché, cette Annabel qui l’accompagne comme une ombre, réapparaît. Et avec elle, la vérité. Un magnifique roman sur la différence et l’identité, porté par une langue poétique où vibrent intimement la Nature et les êtres. 



Bien que ce roman n’ait pas été le coup de cœur que j’imaginais à l’issue des 50 premières pages, c’était tout de même une très belle et marquante lecture qui aborde avec beaucoup de douceur le sujet délicat de l’hermaphrodisme. J’avais Annabel dans ma wishlist depuis de longs mois et le challenge Juin des Fiertés me paraissait le moment idéal pour enfin me l’offrir, et j’ai bien fait !

Pour Thomasina, le Christ n’est pas tant une personne qu’une trouée dans l’herbe, une flaque de soleil, une oasis de chaleur dans la solitude. Elle n’a jamais été portée sur les vitraux ou les autels. Son vitrail, ce sont les petites ailes précoces de ce papillon, son autel, cette plaque d’humus qui affleure sous la neige qui fond.

Si ce roman m’a conquise dès les premières pages, c’est parce qu’en toile de fond de l’histoire de Wayne, Kathleen Winter nous donne à voir toute la splendeur de la nature sauvage et foisonnante du Labrador, compagne de tous les jours des habitants de Croydon Harbour. Treadway, le père de ce bébé né avec deux sexes, est un trappeur, passionné par son métier, profondément amoureux de la nature et qui préfère parler de ses angoisses intimes à une chouette plutôt qu’à sa femme ou aux autres hommes (ce qui ne va pas sans causer quelques problèmes relationnels …). On s’immerge vraiment dans cette région à part.

Mais ce roman est avant tout, bien sûr, l’histoire de Wayne. Wayne est un petit garçon passionné par les ponts et la géométrie. Hypnotisé par la symétrie de la natation synchronisée. Fasciné par sa camarade de classe, Wally, qui veut devenir une grande chanteuse. Mais bien que son père ait décidé à sa naissance qu’il allait être un garçon, ce n’est pas si simple. Wayne renferme au fond de lui Annabel, une vraie petite fille qui, arrivée à l’adolescence, va comme toutes les petites filles, connaître des bouleversements physiques difficiles à ignorer … Et c’est avec beaucoup de douceur que l’autrice va nous conter le destin de Wayne, de ses interrogations et de ses désirs. Avec un peu trop de douceur, parfois ? Il m’a semblé qu’elle ne faisait qu’effleurer la surface, que la psychologie de Wayne était finalement assez peu poussée et que tout paraissait un peu trop lisse alors que je ne peux qu’imaginer que naître hermaphrodite doit provoquer de sacrés remous dans une vie. J’ai presque eu l’impression finalement que les proches de Wayne étaient plus affectés que lui.

Le soir, quand il danse tout seul, son corps aspire à la fluidité de l’eau, mais il n’est pas fluide. C’est un corps masculin, et un corps masculin est figé. Wayne est figé, et le moi féminin emprisonné à l’intérieur a froid. Il ignore comment s’y prendre pour dégeler l’homme figé.

S’il m’a manqué un peu de profondeur dans le personnage de Wayne, l’autrice use de cette grande délicatesse dont elle sait faire preuve pour nous parler de ce fossé entre les apparences et la réalité des êtres. Bien sûr, Wayne en est la référence, ce petit garçon canadien qui renferme en lui un appareil reproductif féminin. Mais les autres personnages croisés dans ce roman ont eux aussi l’art de nous surprendre, depuis le père effrayé pour l’avenir de son fils jusqu’à la directrice d’école qui semble si sévère et injuste. La maman de Wayne est aussi un beau personnage, si pleine d’amour mais aussi de doutes et de solitude.

Sans jamais user du moindre cliché, Kathleen Winter arrive parfaitement à esquisser cette vie singulière et à nous faire regretter de quitter ce petit groupe tout à fait unique. Quête de liberté, sentiment d’appartenance, amour, respect des différences et des individualités … Ce roman parlera à absolument tous les lecteurs qui auront la chance de tenir ce bel ouvrage entre leurs mains. 

Note finale : 8/10

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