La route – Cormac McCarthy

La quatrième : 

L’apocalypse a eu lieu.
Le monde est dévasté, couvert de cendres. Un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites et de vieilles couvertures. Ils sont sur leurs gardes car le danger peut surgir à tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid. Et ce qui reste d’une humanité retournée à la barbarie.



(Lecture faite dans le cadre de la soirée Livres et Parlotte dédiée aux prix Pulitzer)

Plus je repense à cette lecture en rédigeant cette chronique, plus j’ai du mal à revenir à la réalité et à décrocher des émotions et des interrogations que ce roman a suscitées. La Route donne toutes ses lettres de noblesse à la littérature post-apocalyptique, un genre que j’affectionne particulièrement mais qui ici se montre dans tout ce qu’il a de plus enrichissant, de plus profond.

Le froid et le silence. Les cendres du monde défunt emportées çà et là dans le vide sur les vents froids et profanes. Emportées au loin et dispersées et emportées encore plus loin. Toute chose coupée de son fondement. Sans support dans l’air chargé de cendre. Soutenue par un souffle, tremblante et brève. Si seulement mon coeur était de pierre.

Sur la route, un enfant et son père. Sans noms, sans autre identité que cette filiation qu’ils partagent. Sans autre but que la survie. Le monde tel qu’on le connaît n’existe plus depuis de longues années. Plus d’oiseaux dans le ciel, plus de poissons dans l’eau, les arbres morts.

Ce roman est mené d’une main de maître. L’angoisse et le désespoir transpirent des pages, et chaque rencontre, chaque événement nous donne envie de bondir. Il n’y a aucun chapitre, tout se lit d’une seule traite, à peine le temps de reprendre une respiration. La mort et la violence rôdent en continu, c’est une vie qui n’en mérite plus le nom. Et pourtant, on a ces deux héros qui continuent d’avancer. Par automatisme ? Par résignation ? Par amour ? Ce lien entre père et fils est le seul rayon de soleil d’un monde recouvert de cendres. Le personnage du fils, notamment, est incroyable. Cette candeur mêlée à cette maturité forcée, c’est du génie. Ce mélange d’innocence et de rationalité est bouleversante.

Je ne veux pas en dire trop sur ce roman parce qu’à travers chaque dialogue, chaque – rare – flashback, il y a une montagne d’émotions et de découvertes. Parce que la plume de Cormac McCarthy a ce quelque chose de fou entre la simplicité et la justesse absolue. Il nous berce de ce quotidien survivaliste d’une apparente banalité pour ensuite nous frapper en plein coeur avec quelques lignes tellement mélancoliques qu’on s’arrête d’un seul coup, un peu hagard. Et le travail du traducteur est, bien sûr, à souligner ici parce que ça a dû représenter un sacré challenge de retransmettre cette beauté brute dans une autre langue.

Il avait taillé pour le petit une flûte dans une tige de jonc (…). Le petit la prit sans mot dire. Au bout d’un moment il ralentit le pas et resta en arrière et au bout d’un moment l’homme l’entendit qui jouait. Une musique informe pour les temps à venir. Ou peut-être l’ultime musique terrestre tirée des cendres des ruines. L’homme s’était retourné et le regardait. Perdu dans sa concentration. Triste et solitaire enfant-fée annonçant l’arrivée d’un spectacle ambulant dans un bourg ou un village sans savoir que les acteurs ont tous été enlevés par des loups.

C’est évidemment un roman qui questionne l’humanité. Et qui en donne une réponse extrêmement sombre … ou pas ? Tout ce qui entoure ce duo est soit mort, soit d’une extrême violence et pourtant, on a ces deux-là, qui sont malgré tout ce qui leur arrive des « gentils », qui se poussent l’un l’autre, qui se réchauffent, qui s’aiment. L’enfant, né dans un monde brutal où toute notion de culture et d’éducation est revenue à sa plus simple expression, est continuellement mu par l’envie d’aider les autres, animé par la compassion. Est-ce que l’auteur n’a pas voulu à travers lui donner le plus grand message d’espoir qui soit ? Cormac McCarthy a créé le pire monde post-apocalyptique qui soit, bien pire qu’une terre infestée de zombies ou une humanité enterrée dans des silos, et pourtant, cette lumière qui brille tout au fond des ténèbres vous retourne le coeur.
Un chef-d’oeuvre de la littérature américaine, un monument qui a du inspirer plus d’un auteur de science-fiction.

Note finale : 9/10

Zoom sur l’auteur :

Cormac McCarthy, aujourd’hui âgé de 85 ans, est né en 1933 aux Etats-Unis. Il publie son premier roman en 1965 mais n’obtient une véritable notoriété qu’en 1992 avec la publication de son 6e roman, De si jolis chevaux, qui sera couronné du National Book Award. C’est en 2007 qu’il publie La Route qui remportera le Prix Pulitzer de la fiction. Il est aussi scénariste et son roman Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme a connu un grand succès à l’écran grâce à l’adaptation des frères Cohen.

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