Cranford – Elizabeth Gaskell

La quatrième : 

Mesdames, avez-vous vu ? Un gentleman s’est installé avec ses deux filles à Cranford, un certain capitaine Brown. Il aurait clamé haut et fort l’état médiocre de ses finances ! On lui doit cet abominable chemin de fer qui vient de la bourgade voisine. Accompagnez-moi à l’heure du thé : allons lui rendre une visite de courtoisie pour lui montrer comment les choses se passent chez nous, à Cranford.



(Bon, je vous ai mis la quatrième de couverture au-dessus parce que je le fais sur tous mes articles, mais franchement, vous pouvez vous en passer vu à quel point c’est peu représentatif de ce que contient le roman !)

Après mon coup de coeur pour le sublime Nord et Sud d’Elizabeth Gaskell, j’étais plus qu’heureuse de découvrir un autre de ses romans pour la soirée Livres et Parlotte d’avril. Mais Cranford est radicalement différent de Nord et Sud. A l’origine publié en feuilleton dans le magazine Household Works (édité par Charles Dickens) entre 1851 et 1853 puis remanié par Elizabeth Gaskell pour en faire un roman, Cranford a conservé ce rythme particulier où, plus qu’un fil conducteur fort, on retrouve plutôt des petites saynètes successives parfois sans rapport entre elles.

Cranford, c’est un petit village anglais où vivent presque exclusivement des femmes d’un certain âge, veuves ou n’ayant jamais voulu ou pu se marier. Un village d’Amazones, comme le dit l’autrice, où les hommes ne sont pas vraiment bienvenus. On y suit la narratrice, très en retrait (à tel point que son nom n’est révélé qu’à la fin), qui nous permet de découvrir le quotidien de toutes ses femmes comme si on y était, et surtout celui de Miss Matty, un personnage très attachant. Ce roman- feuilleton relate différents événements, mineurs ou non, auxquels sont confrontées nos dames : des nouveaux arrivants, des décès, des retours de fortune, avec au milieu de tout ça les regrets et les espoirs qui font une vie.

Miss Jenkyns portait une cravate en dentelle, un petit bonne pointu et présentait, dans l’ensemble, l’aspect d’une maîtresse femme, bien qu’elle eût certainement méprisé l’idée moderne qui voudrait faire de la femme l’égale de l’homme. Son égale, vraiment ! Elle savait bien, elle, que la femme était supérieure.

Je pense que ce roman mériterait d’être lu comme c’était prévu au départ : un chapitre par-ci par-là, au milieu d’autres lectures, car c’est un peu perturbant et parfois lassant de suivre de bout en bout un récit qui n’a finalement pas de vraie trame. Mais j’y ai retrouvé avec plaisir la plume d’Elizabeth Gaskell avec cette fois-ci, un humour et une ironie nettement plus marqués que dans Nord et Sud. Et c’est vraiment savoureux de lire un roman, écrit en plein XIXe siècle, où l’on se moque avec autant de verve des hommes et du patriarcat. C’est rafraîchissant ! Et bien que la fin jette peut-être une ombre sur ce féminisme débridé, Cranford reste pour moi une lecture marquante car clairement marquée du sceau de la modernité. J’ai lu à plusieurs reprises que les romans d’Elizabeth Gaskell avaient parfois provoqué un tollé lors de leur sortie car jugés bien trop progressistes. Deux romans d’elle plus tard, je comprends l’effet que ces oeuvres ont pu avoir !

Note finale : 7/10

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