Nord et Sud – Elizabeth Gaskell

La quatrième : 

« Après une enfance passée dans un village riant du Hampshire, Margaret Hale, fille de pasteur, s’installe dans une ville du Nord. Témoin des luttes entre ouvriers et patrons, sa conscience sociale s’éveille. John Thornton, propriétaire d’une filature, incarne tout ce qu’elle déteste : l’industrie, l’argent et l’ambition. Malgré une hostilité affichée, John tombera sous son charme. »



Lorsque le sourire, rare et éclatant, jaillissait d’un coup, on avait l’impression d’une brusque apparition du soleil : il illuminait d’abord les yeux puis transformait la mine sévère et résolue d’un homme prêt à tout faire et à tout oser, la métamorphosait et laissait voir le pur plaisir que donne l’instant pleinement savouré, une expression qu’on ne voit guère surgir avec pareille spontanéité que chez les enfants.

Le charme indéfinissable de la littérature victorienne a encore frappé : j’ai refermé ce roman avec l’esprit et le coeur bouillonnants, l’envie terrible d’en avoir plus, de recommencer du début, de serrer fort ce livre contre moi. Nord et Sud attendait son heure depuis juillet dernier (grâce à l’abonnement Exploratology spécial été), et si j’avais su ce qui m’attendait, je l’aurais dévoré dans l’instant !

Si je devais résumer en une phrase ce roman, je dirais que c’est un Orgueil et Préjugés sur fond de luttes de classe. C’est vrai tout en étant très réducteur. Parce qu’on peut difficilement dire en quelques mots tout ce que contiennent ces – presque – 700 pages d’une richesse et d’une intelligence prodigieuses. Il y a de la romance, certes, mais tellement plus aussi. Et attention, je suis loin de critiquer en comparaison le roman de Jane Austen, qui est probablement l’un de mes favoris de tous les temps, c’est seulement qu’ils partagent tous les deux une trame commune tout en s’épanouissant chacun de leur côté sur des sujets différents.

Elizabeth Gaskell décrit à merveille le choc des cultures entre le Sud et le Nord de l’Angleterre au XIXe siècle par le biais de son héroïne, Margaret, qui va subitement devoir quitter sa belle et paisible campagne du Sud pour aller vivre dans une ville industrielle du Nord, où les usines tournent à plein régime à grand renfort de fumée et de bruits. Ses préjugés contre l’industrie et le commerce vont se heurter de plein fouet à cette réalité de la vie à Milton. Sa rencontre avec Mr Thornton, patron d’usine qui s’est sorti seul de la pauvreté à force de travail, et avec des familles d’ouvriers comme celle des Higgins, va totalement chambouler sa conception de la société.

– Il est le premier industriel, le premier homme engagé dans le négoce qu’il m’ait été donné d’observer, papa. C’est comme ma première olive : permets-moi de faire une grimace en l’avalant.

C’est un récit magnifique porté par le talent incomparable de l’autrice pour les descriptions des lieux et des gens et l’analyse psychologique des individus et de leurs interactions. Tout comme Margaret, je me suis promenée dans les champs de Helstone et j’ai arpenté les rues brumeuses de Milton. J’ai eu l’impression de vivre dans ce roman et de connaître tous ces personnages, dont la douce Bessy si touchante, l’enragé Nicholas qui cache sous sa douleur tant d’humanité, et le fier John Thornton qui lui aussi va voir ses pensées bien arrêtées être secouées par l’arrivée de Margaret.

Ce qui m’a touchée, c’est la douceur de la plume d’Elizabeth Gaskell qui pourtant, ne nous épargne rien de la misère et du deuil qui frappent les habitants de Milton. Tous affrontent tant d’épreuves, mais si le découragement semble les guetter de près, ils font au final preuve d’une force incroyable. Margaret est une héroïne attachante, dotée d’un courage et d’une intelligence qui forcent l’admiration. Elle fait fi du regard des autres et suit son coeur et ce qu’il lui semble bon et juste.

Elle se fût volontiers cramponnée aux basques des mois qui s’éloignaient, pour les supplier de revenir et de lui rendre ce qu’elle n’avait pas assez apprécié tant qu’elle l’avait. Quel vain spectacle que celui de la vie ! Dépourvu de substance, vacillant et fugitif. On eût dit que du haut de quelque beffroi dominant de loin le remue-ménage trépidant de la terre, un glas sonnait sans répit, martelant : « Tous sont des ombres ! Tous passent, tout est passé ! »

Les questions que pose ce roman sur l’industrie et l’opposition entre patronat et ouvriers sont toujours très actuelles et cet intérêt profond qu’accorde l’autrice à ces thématiques donnent beaucoup de profondeur à cette histoire. Elle a vraiment mis son coeur dans Nord et Sud, que ce soit pour parler des opprimés ou pour évoquer avec une douloureuse justesse les affres du deuil (ayant elle-même perdu deux enfants en bas âge). Et bien sûr, difficile de rester insensible à cette magnifique romance qui se tisse tout doucement et s’empare de nous avec autant d’imprévisibilité qu’elle s’empare des protagonistes …

En bref, c’est un roman dans lequel on se laisse totalement embarquer du début à la fin et ah ! … quelle fin ! J’en frissonnerai longtemps encore. Il est sans doute à lire et à relire, il est si riche qu’on peut en retirer continuellement de nouvelles leçons et surtout, ce n’est pas de gaieté de coeur que j’abandonne ces personnages. Comme cette histoire me manque déjà !

Note finale : 10/10

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1 réflexion sur « Nord et Sud – Elizabeth Gaskell »

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