Pavillon de femmes – Pearl Buck

La quatrième : 

« Dans la Chine d’autrefois, le seul rôle dévolu aux femmes de riches était celui d’épouse et de mère. Ce rôle, la fine et intelligente Ailien Wu ne le supporte plus. Pour y échapper, elle se servira très adroitement des traditions, celles-là mêmes qui l’avaient liée pendant si longtemps.

Pavillon de femmes est le roman de Pearl Buck qui fait le mieux comprendre ce qu’était l’ancestrale Chine des grandes familles, mais c’est aussi tout le drame des rapports de l’homme et de la femme à chaque âge de la vie. »



 

« – Voyons, Mère, Mère ! s’écria Fengmo. Savoir lire, c’est allumer une lampe dans l’esprit, relâcher l’âme de sa prison, ouvrir une porte sur l’univers. »

Pearl Buck et moi, c’est une histoire qui a commencé il y a un peu plus d’un an avec un énorme coup de coeur auquel je ne m’attendais pas. Avant que mon amie ne mette entre mes mains un exemplaire de Vent d’est vent d’ouest, je n’avais jamais entendu parler de cette autrice, pourtant très prolifique et détentrice du Prix Pulitzer (1932) et du Prix Nobel (1938). Il était évident, après cette lecture sublime, qu’il me fallait poursuivre ma découverte de cette autrice et je n’ai donc pas pu résister à attraper un autre de ses romans lorsque je me suis retrouvée face à eux au salon Saint-Maur en poche.

En sélectionnant un peu au hasard Pavillon de femmes parmi tous les autres titres qui me faisaient envie, j’ai fait un bond en avant dans l’oeuvre de Pearl Buck, Vent d’est vent d’ouest étant son premier roman et celui-ci, son douzième.
Publié en 1946, Pavillon de femmes reprend les thèmes du premier roman mais avec une histoire plus complexe, plus foisonnante et marquée par la Seconde Guerre Mondiale. A nouveau, on se plonge ici dans la Chine rurale de la première moitié du XXe siècle, où les traditions centenaires vont être bouleversées par les contacts et les échanges grandissants avec l’Occident. Alors que les grandes villes côtières comme Shanghai accordent de plus en plus de place à la médecine occidentale, à l’industrialisation et à la modernité, les campagnes chinoises, elles, ne connaissent pas encore l’électricité ni l’eau courante et ses habitants vivent toujours selon des coutumes immuables, sous l’égide des dieux et des esprits des ancêtres. L’arrivée d’étrangers et la soif de renouveau des nouvelles générations vont tout transformer.

« Après tout, ce qui suffisait à nos ancêtres ne nous satisfait plus. L’Océan a cessé de séparer les peuples et le ciel d’être une voûte pour nous seuls. »

Maintenant que j’ai refermé ce roman et que je me remémore la trame de l’histoire, je trouve que Pearl Buck a fait un travail formidable en créant Ailien Wu, l’héroïne de Pavillon de femmes. Elle est véritablement le coeur de ce récit et ce, de bien des façons différentes. On débute le roman lors de son quarantième anniversaire. Elle est alors la maîtresse d’un vaste domaine, une noble dame qui veille avec minutie à la bonne gestion de ses terres et à l’éducation et au mariage de ses fils. Mais alors que la vie au sein de ce domaine dont elle quitte rarement l’enceinte n’a presque connu aucun changement depuis des générations, cet anniversaire va marquer le début de chamboulements irréversibles à la fois dans sa vie privée et dans la vie de ses proches.

Madame Wu est une femme intelligente et fine mais aussi, du fait de son éducation, hautaine et pleine de préjugés. Elle est marquée par une vie de devoir, une existence de femme dévouée à son mari (qu’elle n’a vu pour la première fois que lors de la nuit de noces et qu’elle n’a jamais aimé) et à la nécessité de procréer, de poursuivre la lignée. Ailien ne s’est jamais soustraite à ses devoirs jusqu’à ce que cette date fatidique et surtout, sa rencontre avec un prêtre étranger, la poussent à reconsidérer toute sa vie. La liberté, l’amour, le savoir … tout ce qui n’était pour elle alors que de vagues concepts deviendront dès lors des idéaux qu’elle placera au centre de sa vie et de celles des membres de sa famille.

« Rien dans sa vie ne lui avait paru aussi doux que ces instants de liberté absolue pendant lesquels son âme avait abandonné son corps. Elle sentait bien que cette liberté risquait de devenir une ivresse pour l’âme, une liqueur à laquelle cette âme ne peut pas plus résister qu’un ivrogne à son vin. »

Pavillon de femmes est un très beau roman qui parle de devoir et de désir, de tradition et de modernité, d’illettrisme et d’éducation, et du choc que ces extrêmes provoquent lorsqu’ils sont forcés de se rencontrer. C’est aussi, bien sûr, une très belle histoire de femmes. Une histoire de petites filles abandonnées, d’enfants aux pieds bandés, de jeunes femmes forcées de donner leur corps dans le mariage ou dans la prostitution, et aussi de femmes éduquées, révoltées, exigeant pour elles-même plus que ce que le poids de la tradition leur destine. Une histoire d’amour(s) aussi, comme sait si bien en parler Pearl Buck.

Il y a tout un monde et tout un siècle de changements dans ce roman, on pourrait le relire à l’infini sans cesser d’en retirer quelque chose de nouveau. Si ce n’est pas le coup de coeur retentissant de Vent d’est vent d’ouest, c’est une confirmation claire et nette de mon amour pour Pearl Buck, pour la Chine qu’elle-même a si bien connu et pour ses femmes bouleversées et bouleversantes. 

Note finale : 8,5/10

Zoom sur l’autrice :

Pearl Buck, née Sydenstricker en Virginie Occidentale en 1892 et morte dans le Vermont en 1973 d’un cancer du poumon, est une écrivaine américaine qui a passé son enfance en Chine, apprenant le mandarin avant l’anglais. Toute sa vie, elle fera de nombreux allers-retours entre la Chine et les Etats-Unis, en passant également par le Japon. Romans, nouvelles, essais, poèmes … Pearl Buck a publié dans sa vie des dizaines d’ouvrages, la plupart dédiés à son pays de coeur. Elle parle si bien de la Chine, de ses villes, de ses campagnes, de ses traditions qu’elle serait là-bas considérée comme une véritable autrice chinoise. Elle obtient le Prix Nobel de littérature pour « ses descriptions riches et épiques de la vie des paysans en Chine et pour ses chefs-d’œuvre biographiques ». Elle a aussi consacré une partie de sa vie aux enfants abandonnés (créant une fondation en Pennsylvanie) et à la lutte en faveur des femmes et des minorités.

Merci Madame Buck !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close