L’étrange disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrell

La quatrième :

« Depuis soixante ans, le monde l’a oubliée et sa famille ne prononce plus son nom. Esme Lennox n’existe plus. Mais quand ferme l’asile où elle vivait recluse, la vieille femme réapparaît brusquement. Au bras de sa petite nièce, Esme découvre une Écosse moderne peuplée de fantômes… qui réveille, sous le silence des années, les secrets inavouables d’une vie volée. »

(J’aime ce résumé très court qui ne dit presque rien, indispensable pour aborder ce récit)



Ce roman est incroyable. Voilà, commençons directement par ça : incroyable. J’allais dire que je ne m’attendais pas à ça, mais finalement, est-ce qu’on est jamais vraiment préparé à ces lectures qui vous mettent sens dessus-dessous ? Et c’est ce qui s’est passé ici, j’ai été tournée, retournée, chamboulée, horrifiée et époustouflée.

Au début de ce récit haletant, on rencontre Iris, une jeune femme passionnée par sa boutique de vêtements vintage, et Esme, une vieille femme qui vit recluse avec ses souvenirs dans un asile depuis soixante ans. Alors que leurs vies auraient pu se poursuivre sans jamais s’effleurer, le destin va se charger de les réunir et de faire éclater une très lourde vérité …

J’ai lu ce roman dans le cadre de la soirée Livres et Parlotte (organisée par Charlotte Parlotte) ayant pour thème « Les secrets de famille ». Je m’attendais donc à un roman plutôt intense et prenant mais aussi un peu léger, le genre de roman qui se dévore sans trop affecter le lecteur. Grossière erreur !

La structure du roman, très originale, laisse assez peu d’autre choix au lecteur que celui de s’immerger complètement dans le récit, car il n’y pas de chapitre, seulement des respirations entre différents paragraphes où on change de point de vue narratif. Les passages les plus marquants sont ceux où l’on suit les pensées désorganisées de Kitty, la soeur d’Esme, dont la maladie d’Alzheimer l’oblige à vivre dans le passé et à ressasser les terribles événements qui ont conduit Esme à l’asile. Ces bribes de souvenirs créent un véritable mystère, ils apportent de tout petits éléments de réponse sans rien dévoiler avant l’heure.

La thématique principale, quant à elle, est extrêmement poignante. Maggie O’Farrell nous parle de toutes ces femmes trop indépendantes, trop intelligentes, trop libres, trop sûres d’elles, trop rebelles … Ces femmes qui n’entraient pas dans le moule et qui gênaient, qui avaient l’idée folle de vouloir vivre comme elles l’entendaient et certainement pas sous le joug d’un homme, ces femmes qu’il y a encore quelques décennies de ça, on préférait enfermer. Car c’est de ça qu’il s’agit : de la façon dont on pouvait décider d’enfermer sa fille ou son épouse sous couvert de symptômes « hystériques » pour s’en débarrasser en toute légalité.

« Iris lit que des femmes refusent de parler, de repasser le linge, se disputent avec leurs voisines, sont hystériques, ne font pas la vaisselle, ne balaient pas le sol, ne veulent pas avoir de relations avec leur mari, ou en veulent trop, ou pas assez, ou pas comme il faudrait, ou en cherchent ailleurs. Elle voit défiler des maris au bout du rouleau, des parents incapables de comprendre les femmes que sont devenues leurs filles (…). Des épouses qui, un beau jour font leur valise, quittent la maison en refermant la porte derrière elles, et qu’il faut faire rechercher pour les ramener de force. »

Esme était comme ça. Un esprit libre et rebelle, qui ne supportait pas le mode de vie guindé de la haute bourgeoisie écossaise avec ses codes absurdes. Une jeune fille têtue mais aimante et rêveuse à laquelle on s’attache terriblement.

Ce roman est profondément féministe. Il parle de toutes ces vies détruites, de toutes ces femmes sacrifiées. Après les sorcières brûlées, les hystériques enfermées. Il dénonce cette mécanique implacable de soumission de la femme à travers les âges.

Mais c’est aussi une histoire sur la famille, sur la maternité, sur l’amour et bien sûr, sur la liberté. Un roman très riche qui nous touche de bien des façons et surtout, qui nous surprend de page en page, jusqu’à la fin, explosive, qui est à la fois exactement ce que j’en espérais tout en étant un peu frustrante. Car oui, il y a un peu de frustration dans des questions qui restent sans réponse et dans ces personnages si forts qu’on aurait aimé connaître un peu plus. Mais cette lecture m’a profondément bouleversée et je ne peux que la recommander très chaudement, en attendant de foncer me procurer un autre roman de cette autrice.

Note finale : 9/10

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1 réflexion sur « L’étrange disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrell »

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